Wassyla Tamzali: Tolerar o intolerável em nome da diversidade cultural é uma forma de colonialismo

Wassyla Tamzali

Sobre este post e a Cimeira da Igualdade, uma primeira reflexão:

Naïma’s Story: “Spirituality path of a woman”

I am a Belgian citizen of Muslim creed. At the age of 19, in my spiritual path, I felt the need and I chose to wear the headscarf. This was the beginning of a journey of ordeals. Wearing the headscarf is a choice like any other that allows me to live in harmony with my aspirations and contribute to my wellbeing. My identity is not reduced to a piece of cloth covering my head. I am, before anything, a person, a woman. And that is how I wish to be seen.

It is not easy to be a Muslim today: the suspicion, stereotypes and prejudices become part of normality and are reinforced by the media. I don’t feel and I don’t introduce myself to you as a victim, but I do confirm the existence of Islamophobia in Europe today.

Unfortunately, the first to be affected by this discrimination are women. Muslim women are deprived of their rights, education and the access to employment. All this, in a democratic state. Myself, I have lived discrimination in my search for a job. Therefore, in order to achieve establishing an inclusive society, it is important that it contains different realities: Muslim women are one of these realities.
I have a job and it is the daily contact that allows others around me to change their mentalities, integrating the difference into their idea of normality.

It is possible to live a spiritual life as a citizen in harmony. I do not want to be perceived as a minority that aspires to be recognized by society, but someone who owns her life. I do not wish to walk in the shadows but under the sun. I invite you all to take off your “normative glasses” and replace them by “diversity glasses”. (Testemunho no âmbito da Campanha pela diversidade promovida pela Comissão Europeia)

Wassyla Tamzali (comentadora na Cimeira para a Igualdade): Sinto-me discriminada nesta Cimeira Europeia da Igualdade: porque sou mulher, sou feminista, sou árabe imigrante em França e não uso véu e não me vi aqui retratada em nenhum dos testemunhos (não pretendemos fazer uma citação, mas o sentido das palavras foi este).

Quelle « liberté de choix » ?

Num outro contexto, o de uma entrevista entre Wassyla Tamzali e Claude Ber, em que se abordaram várias questões, entre as quais a do véu, foi feito um testemunho com o seguinte sentido:

À la fin de la guerre d’Algérie, l’abandon du voile fut le premier signe de libération des femmes, comment elles pouvaient enfin sortir librement alors qu’aujourd’hui fumer une cigarette dans la rue, boire un verre de bière, pour une femme comme pour un homme d’ailleurs, est devenu impossible. Il faut mesurer l’état d’absence de liberté et la chape de plomb qui pèse sur l’Algérie actuelle.

Uma outra intervenção sublinhou que, no Ociedente, le port du voile est chez beaucoup de jeunes femmes une riposte au sentiment de n’être pas acceptées.

Wassyla Tamzali sublinhou dois aspectos. D’abord la différence entre une tradition – elle a vécu, elle, dans la tradition algérienne – et une conduite forcée. Elle souligne ce que pouvait avoir d’oppressant pour les femmes – mais pour les hommes aussi – cet asservissement dévoué de la femme à l’homme que l’islamisme instrumentalise, prive de toute individualité et qui n’existe que pour « mettre au monde et élever le musulman ».

Wassyla Tamzali invite aussi à approfondir la réflexion au-delà du constat sociologique, en répondant à l’argument qui avance que le choix de beaucoup de femmes qui mettent le voile est « libre ». Le censément « libre choix » du voile en revanche risque d’être sans retour et entraîne les autres dans un mouvement d’asservissement. On met d’abord le voile par revendication identitaire, puis par obligation pour soi et pour toutes les autres qui ne l’avaient pas choisi parce qu’on a contribué à la mise en œuvre d’un dogmatisme et qu’on a contribué au danger de l’avancée d’un régime totalitaire. Car, et Wassyla Tamzali insiste sur ce point, lorsqu’il n’existe pas l’arsenal de droit qui permet l’égalité, lorsqu’une femme ne bénéficie pas, comme en Occident, de la protection du droit, le geste n’a pas les mêmes conséquences. Il faut y réfléchir lorsqu’on parle, à partir d’une société où les droits fondamentaux sont acquis, d’autres sociétés où ils ne sont pas acquis.

La culture, dit Wassyla Tamzali « c’est le droit de ne pas être ce que je suis ». Si chacun est, certes, héritier d’une histoire, il n’en est ni l’otage ni le prisonnier. La reconnaissance de la diversité se fait au nom des droits de la personne humaine, non au nom d’une prétendue égalité des cultures, qui autoriserait aux uns un recul critique et des avancées de droit, comme l’Occident l’a fait, et enfermerait les autres dans un passé immobile.

C’est là une autre forme de colonialisme, celle qui consiste à tolérer l’intolérable sous prétexte du respect de la diversité culturelle, alors que c’est transformer en privilège un juste droit. Ainsi en est-il du droit des femmes, dont Wassyla Tamzali connaît la situation mondiale, encore trop souvent serve, sans reconnaissance des droits humains fondamentaux. La tolérance a pour limite l’intolérable.

Et c’est cette limite-là qu’oublient les intellectuels occidentaux lorsqu’à l’abri de leurs propres droits, ils renoncent à soutenir l’avancée démocratique des autres pays au prétexte de différences culturelles présentées comme indépassables, alors même que toute l’histoire de la culture et de l’identité sont mouvements et influences. Cette trahison des intellectuels occidentaux, née d’une sorte de remords post-colonialiste, en est une autre forme car il refuse à l’interlocuteur ce droit au progrès et à la liberté.

On fait toujours taire le juste droit par des manœuvres idéologiques, d’accusations de « bourgeoisie », d’ « occidentalisation », qui rappellent toutes les formes de bâillonnement et d’excommunication des totalitarismes. C’est ce juste droit des peuples à la liberté, et notamment des femmes à des droits égaux et à une liberté égale que Wassyla Tamzali appelle à soutenir sans se laisser piéger par une dialectique spécieuse. Elle rappelle aux Occidentales qu’elles n’ont pas hésité à se lever contre les inégalités de droits liées à leur propre culture judeo-chrétienne et gréco-latine. Au nom de quoi serait-il interdit à d’autres femmes de se lever contre leurs propres traditions asservissantes et au nom de quoi les y enfermerait-on ?

Wassyla sera confortée dans cette voie par une anecdote qui la ramène dans les luttes de son pays, après un long recul pris à cause des accusations répétées « Tu n’es pas comme les autres ». C’est ce vibrant appel à un combat jamais fini pour la liberté qu’elle retrouve, lors d’un meeting à Alger au début de l’entrée en scène des islamistes, en 1989, à Alger, dans le cri d’une femme algérienne « du peuple », qui se dresse contre une jeune islamiste voilée de noir, pour dire que jamais ses filles ne porteront le voile, qu’elle s’était battue toute sa vie pour l’enlever !

Uma educação argelina Uma leitura indispensável de Wassyla Tamzali.

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